Intervention Aubervilliers Imprimer Email
Mardi, 17 Juin 2008 10:58

Intervention de S… (UEJF) et de M… (Clubs Convergences) dans un collège à Aubervilliers (93), classe de 3ème, texte de S… 

« J’ai suivi la formation Coexist en mars dernier et aujourd’hui a eu lieu ma première intervention. Mon binôme est M, qui représente l’ancienne association Convergence, c’est sa dixième intervention, elle me met donc en confiance et c’est là un très bon point.

On rencontre le professeur dès mon arrivée, elle nous affirme que les élèves sont plutôt soudés, environ une vingtaine sur laquelle huit d’entre eux ont déjà participé à un travail sur le racisme…

On s’installe, la classe arrive, ils ont l’air un peu agités mais nous accueillent avec enthousiasme !
Pour la présentation, on réussit à tout placer, c’est-à-dire les financements, le fait que ce soit à la demande du collège… Et surtout, ce qui les inquiétait, à savoir que ce n’est pas un travail noté et ramassé.

On leur distribue les feuilles, la disposition des chaises fait qu’ils sont tous très proches, ce qui était peut-être une erreur (on aurait mieux fait d’être en rond), vu qu’ils s’agitaient, ne travaillaient pas du tout seuls, la prof a dû intervenir quelques fois pour calmer un peu l’ensemble.

On repère vite les deux-trois élèves un peu provocateurs, on essaie de les canaliser un peu en les séparant. Le travail en petits groupes se passe plutôt bien, avec quand même pas mal d’agitation, on voit un peu quels sont les mots qui les font réagir, ils comprennent bien l’exercice.

Par contre, vers la fin de la séance en petits groupes, les élèves sont carrément dissipés. Il faut élever la voix… Chaque dessin est présenté, on choisit de réagir sur les mots en même temps. Dans cette classe, le premier thème qui arrive est celui de l’identité française. Pas mal d’entre eux ne "se sentaient" pas Français, on leur demande pourquoi, on parle un peu de la définition du Français… L’un d’eux nous dit surtout que les autres le ramènent toujours à son origine donc il ne pouvait pas se sentir Français, on pose quelques questions comme "qui est né en France ?", "qui a la carte d’identité française ?", "qui a déjà été victime de racisme ?", la discussion fait qu’on arrive, avec nos expériences identitaires personnelles, à leur faire comprendre qu’on peut être Français "d’origine", ou qu’on peut se sentir d’appartenance à plusieurs cultures, mais surtout que eux pouvaient s’opposer à ceux qui ne les considéraient pas comme Français.

L’agitation fait que les présentations sont bruyantes, les élèves ne s’écoutent pas parler, ils réagissent en petits comités… Les mots "homme" et "femme" font débat avec les quelques provocateurs qui veulent surtout faire réagir leurs camarades féminines… mais ils n’avaient pas l’air de penser réellement ce qu’ils affirmaient. Au contraire, un élève commence à dire qu’il pense que les Juifs sont communautaristes et solidaires entre eux en me regardant, on en vient à mes origines et j’ai compris qu’ils ne concevaient pas le fait d’être Juif Maghrébin, et là je suis frustrée puisque le bruit et le temps nous ont empêché d’approfondir la question.

Puis ils avaient l’air ravi de voir le sketch de Gal Elmaleh… On résume ensuite le but du module, on parle de ce qui les avait le plus touchés, qu’on ne devrait pas être ramené à notre seule origine, comme le décrit Gad Elmaleh… Les élèves comment à dire que c’était bien… quand l’un d’eux dit "mais quand même, vous me ferez pas changer d’avis sur les homos…". Deux minutes avant la sonnerie de fin, s’installe la discussion sur les homosexuels (or ils n’avaient pas été si virulents sur les feuilles). Et là, naît ma seconde frustration : tous étaient d’accord pour dire que l’homosexualité était "contre nature", une "maladie mentale" ou encore qu’il fallait "les exterminer"… On a alors fait notre possible pour déconstruire ces idées par des questions, des faits historiques… ce qui est plus ou moins passé, à cause du bruit, de la sonnerie et de leur agitation.

Au final, je me suis sentie plutôt à l’aide dans la classe et surtout à l’aise pour répondre à des idées préconçues. Je suis tout de même un peu frustrée de ne pas avoir pu parler réellement des "Juifs" et des "homosexuels", deux thèmes sur lesquels je pense qu’ils étaient sincères alors que le débat "homme-femme" était plus de l’ordre de la provocation. » 

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